Leur poésie

Samedi 7 novembre 2009
Le ciel est parsemé d’étoiles solitaires

Qui vivent dans l’oubli en ces temps bien obscurs
Tristes sont les augures, quand vient le long sommeil,
Quand l’horizon se perd, quand s’assombrit l’Azur,
Ces étoiles sont pétries d’Angor et de douleurs
Quand en se retournant elles voient le ciel briller
Elles entendent siffler ces Symphonies d’Auteurs
que l’amertume des sens a réussi à tuer
Ô Vénus ton arôme est si bon quand il vient
se poser sur l’Etoile. Et protéger la Fleur
Que l’Ange et son Démon un jour ont partagé,
D’une belle saison aux jardins enchanteurs
que tout héros perdu parvient à museler

Soleil brille, Ô Soleil brille
Dans le coeur des gens triste qu’on croyait inégaux
Viens détruire l’astre fixe qu’au lendemain des nuits
on abhorre en geignant

Exécute ta tâche
Ô Globe
du firmament

Winston Perez


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Jeudi 5 novembre 2009
Je connaissais fort peu votre mari, madame ;

Il était gros et laid, je n’en savais pas plus.
Mais on n’est pas fâché, quand on aime une femme,
Que le mari soit borgne ou bancal ou perclus.

Je sentais que cet être inoffensif et bête
Se trouvait trop petit pour être dangereux,
Qu’il pouvait demeurer debout entre nous deux,
Que nous nous aimerions au-dessus de sa tête.

Et puis, que m’importait d’ailleurs ? Mais aujourd’hui
Il vous vient à l’esprit je ne sais quel caprice.
Vous parlez de serments, devoir et sacrifice
Et remords éternels !… Et tout cela pour lui ?

Y songez-vous, madame ? Et vous croyez vous née,
Vous, jeune, belle, avec le coeur gonflé d’espoir,
Pour vivre chaque jour et dormir chaque soir
Auprès de ce magot qui vous a profanée ?

Quoi ! Pourriez-vous avoir un instant de remords ?
Est-ce qu’on peut tromper cet avorton bonasse,
Eunuque, je suppose, et d’esprit et de corps,
Qui m’étonnerait bien s’il laissait de sa race ?

Regardez-le, madame, il a les yeux percés
Comme deux petits trous dans un muid de résine.
Ses membres sont trop courts et semblent mal poussés,
Et son ventre étonnant, où sombre sa poitrine,

En toute occasion doit le gêner beaucoup.
Quand il dîne, il suspend sa serviette à son cou
Pour ne point maculer son plastron de chemise
Qu’il a d’ailleurs poivré de tabac, car il prise.

Une fois au salon il s’assied à l’écart,
Tout seul dans un coin noir, ou bien s’en va sans morgue
A la cuisine auprès du fourneau bien chaud, car
Il sait qu’en digérant il ronfle comme un orgue.

Il fait des jeux de mots avec sérénité ;
Vous appelle : “ma chatte” et : “ma cocotte aimée”,
Et veut, pour toute gloire et toute renommée,
Être, en leurs différends, des voisins consulté.

On dit partout de lui que c’est un bien brave homme.
Il a de l’ordre, il est soigneux, sage, économe,
Surveille la servante et lui prend le mollet,
Mais ne va pas plus haut… Elle le trouve laid.

Il cache la bougie et tient compte du sucre,
Volontiers se mettrait à ravauder ses bas
Et, bien qu’il ait très fort au coeur l’amour du lucre,
Il vous aime peut-être aussi. Dans tous les cas

Il ne vous comprend point plus qu’un âne un poème.
Il vit à vos côtés, et non pas avec vous,
Et si je lui disais soudain que je vous aime,
Peut-être serait-il plus flatté que jaloux.

Soufflez, gonflez de vent ce gendarme en baudruche,
Grotesque épouvantail que sur l’amour on juche,
Comme on met dans un arbre un mannequin de bois
Dont les oiseaux n’ont peur que la première fois.

Je vous aurai bientôt entre mes bras saisie ;
Nous allons l’un vers l’autre irrésistiblement.
Qu’il reste entre nous deux, ce bonhomme vessie,
Nous le ferons crever dans un embrassement.

Guy de Maupassant, Des vers


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